Tante Ziunia (Joséphine Zoltowska)
née le 13-04-1923 à Poznan, Pologne
Décédée le 24-04-2007 à Bruxelles

Voici quelques mots que mon père a prononcé lors des funérailles.

“Ziunia nous a quittés il y a quelques jours, aussi doucement et discrètement qu’elle avait vécu.
Sa vie avait commencé dans l’euphorie de la paix retrouvée, renforcée encore par la renaissance de la Pologne. Lorsqu’elle atteignit l’adolescence, son existence a été bouleversée par le déferlement tragique de la seconde guerre mondiale, d’une violence inouie dans cette partie de l’Europe.

Tout est supportable pour peu qu’on puisse y voir un sens, que ce soit au niveau personnel, historique, ou qu’on y aperçoive la main du destin.
Mais comment se situer devant l’agression dont la seule motivation est une haine
viscérale et irrationnelle, le mal à l’état pur?

Ziunia, pour sa part, a choisi d’y répondre ni par la révolte, le refuge dans le cynisme ou le désespoir mais par l’acceptation lucide du destin que le ciel lui donnait à vivre.
Vivre néanmoins, aussi pleinement que possible, car cette acceptation n’avait rien de passif ou de timoré.
Son cœur et son esprit durant ces années terribles comme plus tard, sont restés constamment attentifs aux besoins des autres. Avec un grand courage, elle n’a pas hésité, dans toute son apparente fragilité à s’engager dans des services de support à l’armée secrète de résistance durant l’occupation, à soigner les malades dans des dispensaires de fortune, à distribuer de la nourriture au milieu du chaos, etc.

La guerre terminée, la Pologne, abandonnée par ses alliés, est livrée à l’URSS et au communisme.
Ce fut une épreuve encore plus dure à endurer que l’occupation allemande car rien ne permettait d’en apercevoir la fin.
Réduite à la misère, malade sans possibilité de se soigner, soumise au chantage des services de sécurité, Ziunia, profitant d’un bref relâchement de la rigueur policière, réussit à quitter le pays en 1958 pour rejoindre la partie de sa famille déjà émigrée en Belgique.

De ces années passées avec nous à Bruxelles, nous gardons tous, particulièrement ceux qui étaient encore dans l’enfance, un souvenir profond de celle qui à certains égards s’est substituée à notre mère malade.

Elle avait une apparence presque diaphane. Mais si physiquement elle donnait l’impression d’être fragile, son esprit pouvait impressionner par sa pénetration et ses intuitions par leur justesse. Elle possédait une intelligence du cœur, capable d’une appréhension directe des êtres ou des choses..

Bientôt elle apprit un nouveau métier dans lequel elle excella: la peinture et la restauration de porcelaine. Elle le pratiqua des années jusqu’à ce que les problèmes de santé liés à la pratique de son art l’obligent à arrêter.
Elle se consacra aussi à l’action sociale au sein de plusieurs organisations ou ordres religieux.

A nous, ses neveux qui l’avons beaucoup aimée elle a révélé la valeur de vertus souvent passées sous silence, l’humilité, la discrétion l’attention prioritaire aux sentiments des autres, la prise de distance de son propre ego.

Malgré la maladie et la souffrance physique, ses derniers mois ont été paisibles et sereins, grâce notamment à la présence constante auprès d’elle de sa sœur, Sophie. Je voudrais la remercier ici au nom de nous tous pour son dévouement.

On se demande souvent ce qui reste lorsqu’on disparaît pour toujours. En pensant à Ziunia, je n’ai pas de doute, je vois comme une trace, un sillage de bonté et de joie tranquille qui s’est gravé dans le cœur de ceux qui l’ont connue.”

And some picture of the funeral taken by my brother Tinko.Brothers and sisterszochaFuneral


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